Comment améliorer l’efficacité du travail en équipe, en associant performance et plaisir de travailler ? Créer cette ambiance parfois perçue comme « idéale » — bien travailler, et aimer ce que l’on fait et avec qui on le fait — repose-t-il sur des processus de collaboration (reproductibles), sur les individus (donc plus aléatoires), ou sur un équilibre entre les deux ?
Comme le rappelle Simon Sinek, la confiance est une condition centrale dans le plaisir au travail et l’efficacité du travail en équipe (« Une équipe n’est pas un groupe de personnes qui travaillent ensemble. Une équipe est un groupe de personnes qui se font confiance »), comme développé dans notre article sur les relations de travail de qualité. Cette confiance dans le « travailler ensemble » est aussi difficile à gagner que facile et rapide à perdre. Alors, sur quoi vous appuyer pour favoriser la confiance et la performance ?
• Communiquez sur vos valeurs : vos collaborateurs vont vous rejoindre pour ce que vous faîtes, et ils resteront avec vous pour le « pourquoi » vous le faîtes (Cf le concept du Why de Simon Sinek). Ce « pourquoi », c’est la cause que vous défendez, c’est la raison pour laquelle vous êtes motivé.e à faire ce que vous faites (voir aussi notre article sur se recentrer au travail pour retrouver du sens).
• Centrez-vous plus sur les processus, et moins sur les résultats : en concentrant les efforts de votre équipe sur la construction collective de vos processus de collaboration et de facilitation, l’efficacité et la productivité suivront d’elles-mêmes. La participation de chacun.e à la création du processus collectif a un fort retentissement sur l’estime de soi individuelle, et nourrit en retour la motivation du groupe et sa pérennité (un levier essentiel que nous développons dans cet article sur la reconnaissance au travail).
• Soutenez la liberté de parole : en étant libre dans notre parole, nous sommes libres dans nos pensées. Et, ça tombe bien, car l’efficacité provient de la mobilisation des intelligences singulières de chacun au profit du collectif. Se sentir en confiance dans sa parole, c’est se sentir en confiance pour donner le meilleur de soi. Liberté de parole ne veut toutefois pas dire liberté d’insulter, de hurler ou autre… La parole libre, c’est avoir la certitude que « ce que je dis », surtout lorsque je ne suis pas d’accord avec mon « n+1 », ne sera pas utilisé à posteriori pour me nuire.
• Ayez conscience que l’engagement dans le travail demande la participation, au-delà des compétences, de l’intelligence singulière de chacun : un travail collaboratif de qualité se construit tout autant, voir même plus, sur les soft skills que sur les hard skills. Favoriser le développement des soft skills, c’est améliorer la qualité de la communication au sein du groupe, ce qui renforce la collaboration en équipe et l’efficacité collective. Je reviendrai dans un autre article sur une particularité : les tacit skills.
Faire vivre la cohésion et la performance au quotidien
N’être que dans l’effectuation d’une tâche, sans engagement personnel dans le travail, mène à la perte de motivation. Tout simplement parce que sans mobilisation du génie personnel de chacun.e, les collaborateurs ne sont plus connectés à leur « âme » (R. Dilts), à leur « pourquoi » (S. Sinek) et finissent par sombrer dans une forme d’ennui ou d’inertie. Avoir des idées clés est fondamentale, encore faut-il les exercer au sein d’un « travail vivant » (Cf Ch. Dejours, D. Darmouni et les lois du vivant).
• Les temps formels de discussion sur le travail : les réunions et autres temps institutionnels sont l’occasion de parler des processus du travail collaboratif, et d’en débattre régulièrement jusqu’à arriver à un accord stable, construit collectivement. Donner l’occasion à chacun.e de parler du travail, de son travail, et de reconnaître sa participation en tant qu’individu à la co-construction du fonctionnement collectif nourrit le groupe et chacun de ses membres.
• La gestion collective des émotions : pouvoir parler du travail, c’est pouvoir parler de ses ressentis et intuitions à l’égard du travail, et de ce que pourraient apporter des changements potentiels. Accueillir les émotions, sans les nier, renforce la confiance et l’envie, le courage de continuer à œuvrer ensemble pour faire vivre ce fameux « pourquoi », cette fois-ci au niveau collectif (un enjeu directement lié à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle).
• La coresponsabilité : même si la responsabilité est portée par un.e seul.e, le/la manager, le/la dirigeant.e, décider collectivement du fonctionnement de l’équipe, débattre des décisions à prendre et des changements à opérer, crée un sentiment de responsabilité partagée qui donne l’envie et la force à chacun.e de relever les défis qui se présentent. La coresponsabilité, c’est assumer les résultats ensemble, avec la force du collectif. Ce n’est plus l’affaire d’une seule personne, et cela aide à partager la charge émotionnelle et de stress liée aux aléas des résultats.
En conclusion
L’efficacité du travail en équipe ne repose pas uniquement sur des méthodes ou des outils. Elle se construit dans la qualité des relations, dans la possibilité donnée à chacun de s’exprimer, et dans la capacité du collectif à devenir une ressource vivante. Favoriser la parole libre, soutenir la confiance, permettre à chacun de contribuer pleinement : autant de conditions pour faire émerger un collectif à la fois performant et profondément humain.
Bibliographie
Darmouni, Danielle, Le leadership du vivant
Dilts, Robert, La modélisation des facteurs de succès, Tome 1
Dejours, Christophe, Travail vivant, Tomes 1 et 2
Martin, Bertrand et al., Oser la confiance
Sengé, Peter, La Vème discipline
Sinek, Simon, Commencer par Pourquoi
Sinek, Simon, Trouver son Pourquoi
« La réussite, ce n’est pas qu’un Je de patience, c’est aussi et surtout un Nous de persévérance », Guy Farjon
