Pendant vingt ans, j’ai exercé le métier de psychomotricien dans les hôpitaux parisiens, d’abord en psychiatrie adulte puis en soins palliatifs. J’y ai découvert la richesse et l’engagement des professionnels qui œuvrent quotidiennement auprès des patients : soignants, médecins, cadres, directions, personnels administratifs, agents techniques… Chacun contribue, à sa manière, à une même ambition : offrir un soin de qualité.
Cette expérience m’a également appris combien le travail hospitalier est complexe, et combien la qualité du soin dépend aussi de la qualité des relations de travail et de la capacité des différents acteurs à penser et agir ensemble…
L’hôpital : un monde de coopération complexe
L’hôpital est traversé par des exigences nombreuses et parfois contradictoires :
→ maintenir la qualité du soin, répondre aux contraintes économiques, gérer l’urgence, accompagner des situations humaines difficiles, s’adapter aux évolutions permanentes de l’organisation…
Les professionnels doivent composer chaque jour avec cette complexité, qu’il serait illusoire de vouloir simplifier. Ce serait souvent au prix d’une réduction artificielle qui ne rendrait pas justice à la réalité du travail.
En revanche, il est possible de mieux la comprendre pour développer des coopérations plus solides et une organisation plus cohérente.
Le travail réel dépasse les frontières des métiers
La pluriprofessionnalité constitue l’une des richesses de l’hôpital : médecins, soignants, cadres, directions, personnels administratifs ou techniques ne portent pas toujours le même regard sur le travail. Chacun agit à partir de ses responsabilités, de ses contraintes et de sa culture professionnelle.
Ces différences sont précieuses, mais elles peuvent aussi rendre plus difficiles la coordination, la prise de décision et la construction d’une vision commune.
Le travail réel consiste justement à articuler ces logiques différentes pour permettre à chacun de contribuer à une œuvre collective.
Quand les liens de coopération se fragilisent
L’hôpital repose sur des équilibres subtils. La direction administrative, la direction médicale et la direction des soins portent chacune des responsabilités et des contraintes spécifiques. Les professionnels de terrain doivent quant à eux faire face aux imprévus, aux urgences et à une forte implication humaine et émotionnelle.
Lorsque les liens de coopération se fragilisent, les incompréhensions augmentent, les tensions se multiplient et chacun risque progressivement de se retrouver isolé dans son propre cadre de référence. Or, la qualité du soin dépend aussi de la capacité des différents acteurs à dialoguer, à se reconnaître mutuellement et à construire des réponses communes.
Développer l’intelligence collective
Préserver ce qui constitue la première richesse de l’hôpital, à savoir l’engagement humain des professionnels, suppose de prendre soin des dynamiques collectives. Or, développer l’intelligence collective ne signifie pas gommer les singularités et les référentiels de métier pour penser tous de la même manière.
Il s’agit plutôt d’apprendre à mieux comprendre les réalités de chacun, créer des espaces de dialogue, favoriser la confiance et renforcer la coresponsabilité. Cette capacité à « penser ensemble » permet souvent de retrouver davantage de cohérence et de fluidité dans le travail.
Le coaching professionnel comme espace de compréhension et de coopération
Dans ce contexte, le coaching professionnel et l’accompagnement des collectifs peuvent constituer des ressources précieuses. Non pour apporter des solutions toutes faites, mais pour créer des espaces où il devient possible de :
→ mieux comprendre les enjeux du travail réel,
→ clarifier les rôles et les responsabilités,
→ renforcer les liens de coopération,
→ soutenir les managers, cadres et médecins dans leurs fonctions,
→ développer des modes de fonctionnement plus cohérents et plus ajustés aux réalités de terrain,
→ favoriser l’intelligence collective au service du soin.
Quelques questions qui traversent souvent les accompagnements
Comment exercer une responsabilité sans s’épuiser ?
Comment mieux coopérer entre métiers et entre services ?
Comment trouver sa juste place dans un environnement complexe ?
Comment favoriser la confiance et la liberté de parole dans une équipe ?
Comment conjuguer qualité du soin, exigences institutionnelles et engagement des professionnels ?
Comment construire des réponses collectives face aux difficultés rencontrées ?
Ces questions n’appellent pas de recettes universelles. Elles demandent du dialogue, de la compréhension et la capacité de penser ensemble ce qui se joue dans le travail réel.
Mieux travailler ensemble pour mieux prendre soin
Le travail hospitalier est complexe, pour des raisons variées :
→ faire face en permanence à la vulnérabilité, la fragilité, parfois la violence de la vie,
→ travailler avec une pluriprofessionnalité d’une grande richesse, mais qui peut aussi être parfois difficile à appréhender.
Cette complexité ne disparaîtra pas, parce qu’elle est l’ADN du travail hospitalier. Mais il est toujours possible de mieux comprendre ce qui se joue, de renforcer les coopérations et de développer des organisations plus vivantes et plus cohérentes.
Car la qualité du soin repose aussi sur la qualité des relations de travail. Prendre soin des coopérations, c’est aussi prendre soin du soin lui-même. Et apprendre à mieux travailler ensemble, c’est aussi prendre soin de ceux qui prennent soin.
