Dans nos organisations — qu’il s’agisse d’entreprises, d’hôpitaux ou d’institutions publiques — la responsabilité est devenue un mot central. On la valorise, on l’exige, on la mesure parfois. Elle est associée à l’autonomie, à la performance, à la maturité professionnelle.
Mais un phénomène préoccupant s’est installé : la responsabilité est devenue presque exclusivement individuelle.
On demande à chacun de “prendre ses responsabilités”, comme si la qualité du travail, le fonctionnement d’une équipe ou la dynamique d’un service dépendaient uniquement de la volonté personnelle de chaque collaborateur.
Or, cette vision est non seulement réductrice… mais aussi source de souffrance et d’épuisement professionnel.
Quand la responsabilité individuelle devient écrasante
Dans ma pratique de coach professionnel, j’accompagne des équipes et des individus qui souhaitent faire évoluer leur manière de travailler, améliorer leurs relations ou surmonter des difficultés. Ceci dans le but de permettre à chacun de retrouver son « pouvoir personnel », source de performance et d’accomplissement.
Ce que je constate souvent, c’est ceci :
• La dynamique collective est fragile, parfois en tension, souvent sous-exploitée.
• Les individus se sentent seuls face aux problèmes.
• Les injonctions à “faire mieux”, “être plus responsable”, “tenir bon” se multiplient.
Et le message implicite ressemble à : « Si ça ne fonctionne pas, c’est que tu n’as pas assez bien fait. »
Cette logique, très présente dans les organisations contemporaines, nie une réalité fondamentale du travail : nous sommes interdépendants.
Le travail : une activité systémique, profondément relationnelle
Personne n’exerce son métier dans un vide. Chaque profession repose sur un réseau d’interactions :
• relations hiérarchiques (verticales),
• relations entre collègues (horizontales),
• relations avec les bénéficiaires du travail (transverses),
• contraintes institutionnelles, organisationnelles, budgétaires ou réglementaires.
Nos performances, notre engagement et même notre bien-être dépendent du travail d’autrui. C’est ce qu’ont brillamment théorisé des auteurs comme Stephen Covey, lorsqu’il distingue dépendance, indépendance et interdépendance, ou Christophe Dejours, en analysant les effets délétères de l’évaluation individualisée des performances.
Renvoyer chacun à une responsabilité individuelle isolée, c’est :
• ignorer la complexité du travail réel,
• invisibiliser la chaîne d’interactions qui le rend possible,
• culpabiliser inutilement ceux qui s’investissent déjà pleinement,
• fragiliser les collectifs.
Le coaching systémique : éclairer les zones de responsabilité
L’un des premiers leviers du coaching consiste à clarifier les responsabilités en présence. Je pose souvent trois questions simples, mais puissantes :
• Qu’est-ce qui vous appartient ? : ce qui est dans votre zone d’action, votre comportement, vos choix, vos limites (apparentes…).
• Qu’est-ce qui appartient à l’autre ? : les responsabilités, décisions, comportements ou rôles qui ne sont pas les miens.
• Qu’est-ce qui appartient au système ? : ce qui relève de l’organisation, des processus, des règles, de la culture, de l’histoire du collectif.
Cela peut paraître simple et réducteur, et pourtant…cette clarification a des effets immédiats :
• elle réduit le stress et redonne de la clarté,
• elle apaise la culpabilité et réactive le pouvoir d’agir,
• elle restaure la coopération.
Car comprendre ce qui vous appartient — et ce qui ne vous appartient pas — remet les choses à leur juste place, avec simplicité et efficacité.
Pour une responsabilité individuelle juste, et une responsabilité collective assumée
Repenser le rapport à la responsabilité n’est pas une démarche abstraite. C’est un acte profondément concret, essentiel pour le bien-être des équipes, la qualité du travail et la solidité des organisations.
• La responsabilité individuelle est précieuse. Mais elle doit être située, choisie, ajustée.
• La responsabilité collective, elle, est incontournable. Elle permet de partager les charges, d’organiser le sens, de soutenir l’engagement et de coconstruire une cohérence d’équipe.
Vers un travail plus humain, plus lucide, plus coopératif
Être accompagné.e en coaching, c’est se donner la possibilité de :
• comprendre les systèmes dans lesquels on évolue,
• identifier ce qui relève de soi et ce qui relève du collectif,
• se dégager du stress inutile,
• retrouver une posture juste,
• et renforcer la puissance du travail commun.
Sortir de l’écrasement de la responsabilité individuelle, c’est ouvrir la voie à :
• une responsabilité plus juste,
• une collaboration plus forte
• un engagement plus serein
• et une pratique professionnelle plus alignée.
Parce que le travail n’est jamais une aventure solitaire. Et qu’un collectif conscient de sa responsabilité… est un collectif puissant.
bibliographie
Stephen Covey, L’étoffe des leaders
Stephen Covey, La troisième voie
Christophe Dejours, Le choix, Souffrir au travail n’est pas une fatalité
Christophe Dejours, L’évaluation du travail à l’épreuve du réel
« Presque toujours, la responsabilité confère à l’homme de la grandeur », Stefan Sweig
